Des réponses à
vos questions
par Dr. Irvin Epstein
" Mon fils de 23 ans est récemment
revenu vivre à la maison après être tombé
malade pendant qu'il poursuivait ses études à l'Université.
Il se montre maintenant grossier et il profère des menaces
à l'égard de ses frères et surs. Que pouvons
nous faire ? "
Après un premier épisode de
psychose, la plupart des personnes vivent habituellement à
la maison avec les membres de leur famille. Ceci signifie que les
familles sont quotidiennement intimement impliquées dans
tout ce qui concerne le bien-être de la personne.
En tant que psychiatre, je considère
habituellement le fait de vivre avec sa famille comme un facteur
positif qui contribue au rétablissement. Une famille aimante
est un atout très important et on peut naturellement s'attendre
qu'elle aura une influence positive sur la personne et lui offrira
un soutien adéquat.
Parmi les avantages dont la personne bénéficie
du fait de demeurer dans sa famille, il y a la surveillance de la
fidélité au traitement, une aide pour réaliser
ses ambitions et le privilège de vivre dans un environnement
sécuritaire et attentionné. Le milieu familial favorise
l'atteinte de meilleurs résultats parce qu'il réduit
les risques de rechute, diminue le stress et offre un environnement
qui facilite la croissance personnelle.
Toutefois, il y a des défis énormes
auxquels la famille est confrontée lorsqu'un être cher
devient malade. Il peut y avoir une période plus ou moins
longue de chagrin, marquée par un sentiment de perte, de
vulnérabilité et d'incertitude avant que la famille
puisse finalement s'adapter émotionnellement au nouveau "
statu quo " ou ce qui est devenu le " nouveau normal ".
Les familles se sentent dépassées et sont souvent
déchirées entre la nécessité d'établir
des limites, de démontrer de l'empathie envers un proche
qui est malade et de maintenir un équilibre dans les besoins
des autres membres de la famille. Au cours de cette période
d'ajustement, bon nombre de familles doivent faire face à
une série de soudains problèmes de comportement de
la part de leur proche qui est malade, des situations qui perturbent
le bien-être de toute la famille.
Si l'on essaie de se placer du point de vue
du patient, on doit admettre qu'il peut y avoir un conflit naturel
entre l'obligation de reconnaître qu'il y a des symptômes
persistants et le combat personnel qu'il doit mener constamment
pour assurer son indépendance et sa croissance. Souvent,
une crise va se produire justement quand le patient commence à
avoir une meilleure connaissance ou compréhension de la maladie.
Ceci peut revêtir la forme d'une révolte mal canalisée,
de menaces et autres attitudes d'opposition. Le facteur déclencheur
de la crise peut être la prise de conscience des conséquences
de la maladie et de l'isolement social qui en découle, lesquels
n'offrent que peu de possibilités qu'une solution soit apportée
à ses questions et inquiétudes demeurées sans
réponse. Les difficultés à se contrôler
peuvent être à l'origine d'une série de comportements
problématiques, notamment de menaces, d'écarts de
langage et même à de violence physique.
Un exemple : un étudiant de 22 ans
très doué, inscrit dans un programme de maîtrise
à l'Université, doit être hospitalisé
pendant une période de trois mois après un premier
épisode de psychose. À sa sortie de l'hôpital
il a un plan pour réajuster sa vie, prendre une pause dans
ses études, aller à ses rendez-vous et prendre la
médication qui lui a été prescrite. Toutefois,
depuis sa sortie, une myriade de problèmes ont surgi et ont
bouleversé sa famille : il a manqué plusieurs rendez-vous,
il a menacé de cesser sa médication et de s'en aller
ailleurs. Ses parents avaient l'impression de marcher sur des coquilles
d'ufs, ils ressentaient énormément de pression
et se sentaient obligés de supporter ses mauvais comportements
par crainte qu'il quitte la maison ou qu'il fasse une rechute. Plusieurs
mois se sont écoulés avant que les membres de l'équipe
de soins puissent commencer à travailler avec la famille
et aborder avec eux l'idée d'une meilleure façon de
gérer efficacement la situation.
Dans un autre cas, la famille était
profondément accablée parce que leur fils persistait
à fumer de la marijuana et à consommer de l'alcool
régulièrement. Il menaçait aussi de blesser
sa sur s'il ne pouvait pas voir ses amis. Les parents se sentaient
complètement coincés et se pliaient à ses exigences,
lui remettant les clés de la voiture familiale et lui donnant
de l'argent pour qu'il puisse s'acheter de l'alcool, de crainte
qu'il se mutile ou qu'il blesse quelqu'un d'autre s'ils refusaient
d'acquiescer à ses demandes. Selon eux, ils agissaient ainsi
parce qu'ils croyaient qu'il était préférable
que leur fils ait un groupe d'amis, même des amis qui fumaient
continuellement du pot et consommaient de l'alcool, plutôt
que de souffrir d'isolement social.
Une mère célibataire a raconté
que sa fille était toujours grossière avec elle et
qu'elle la critiquait constamment. Elle lui donnait de l'argent
pour qu'elle puisse sortir et n'aimait pas être seule avec
elle à la maison parce qu'elle craignait qu'elle devienne
violente et s'attaque à elle.
Idéalement, les familles devraient
être réellement en mesure de faire face à ce
genre de crises et ne devraient pas avoir constamment le sentiment
de vivre en état de siège. Toutefois, lorsqu'une personne
ne respecte pas les règles de conduite établies et
perturbe le déroulement des opérations normales de
la maisonnée, habituellement, les familles ne recherchent
pas de l'aide dès le début. Parmi les raisons pour
lesquelles les familles ne recherchent pas d'aide, il y a le secret
dont on entoure une telle situation, le malaise ressenti et le sentiment
qu'ont malheureusement les familles de n'être pas adéquates
et d'être responsables de ce qui arrive. Il existe même
parfois qu'un optimisme un peu naïf, surtout dans les premières
phases de la maladie, porte les parents à croire que ces
comportements vont cesser et que tout va redevenir normal. De toute
manière, les comportements semblent alors tolérés
et deviennent intégrés au fonctionnement quotidien
de la famille constituant une sorte de " nouvelle norme ".
La bonne nouvelle c'est que les membres de
l'équipe traitante peuvent grandement aider les familles
à regarder les choses sous un autre angle et à surmonter
les nombreuses difficultés qu'elles rencontrent. C'est cependant
la responsabilité des familles de mettre le problème
sur la table et de demander de l'aide afin de prévenir une
dégradation du contrôle parental et une augmentation
du stress qu'ils subissent.
Il est très difficile pour les familles
de changer leurs règles de base, et leur habileté
à changer les choses par eux-mêmes est affectée
lorsqu'ils ont déjà toléré certains
comportements. Il est important de mentionner que les comportements
dont il a été question plus haut ne font pas nécessairement
partie de la maladie. La clé pour trouver une solution est
de ne pas chercher à le faire tout seul. Il y a des professionnels
adéquatement formés qui peuvent aider les familles
à surmonter leurs difficultés et qui peuvent également
offrir un bon support à leurs démarches.
La meilleure chose à faire pour les
parents et les membres de la famille est de communiquer avec les
membres de l'équipe de soins de leur proche. Une lettre,
un message laissé dans une boite vocale ou un courriel sont
les meilleurs moyens pour communiquer avec les cliniciens et demander
leur avis.
Trop souvent, cependant, il s'écoule
des mois d'épreuves et de souffrances, et cela prend même
un voyage à l'urgence ou une visite de la police, pour qu'on
s'attaque finalement à un problème qui traîne,
en fait, depuis longtemps. Une grande variété de traitements
doit parfois être essayée et l'approche doit être
adaptée aux besoins de chacun des membres de la famille.
La thérapie pour la personne malade doit aussi être
personnalisée et prendre en compte les différents
problèmes auxquels elle fait face, notamment les problèmes
découlant de la stigmatisation reliée à sa
maladie, les stratégies d'adaptation et les saines habitudes
susceptibles de l'aider à surmonter la maladie. Ultimement,
en ayant une meilleure connaissance de la maladie et en participant
à l'élaboration du plan de traitement, la personne
malade pourra acquérir un sentiment de maîtrise et
de contrôle de sa maladie. Toute personne malade peut tirer
profit d'une participation à des sessions de thérapie
de groupe. Ces dernières peuvent, entre autres, diminuer
les sentiments d'ennui et d'isolement social, les sentiments de
honte et de marginalisation. Aussi, le développement de certaines
activités de base reliées au style de vie comme pratiquer
des exercices de relaxation, du yoga, devenir membre d'un club de
santé ou suivre des cours à temps partiel sont tous
des moyens de voir l'avenir sous un meilleur jour et de renforcer
l'action de la thérapie.
Travailler avec tous les membres de la famille
peut également aider à gérer les comportements
problématiques et donner lieu à une approche plus
empathique des hallucinations et des pensées psychotiques.
La solution des conflits et la compréhension de la détresse
peuvent aider à résoudre les problèmes latents
à un stade précoce alors que la négociation
est encore possible.
Les personnes qui animent les groupes de
soutien connaissent les conséquences qui découlent
des stigmates rattachés à la maladie, les perceptions
négatives et l'isolement dont souffrent les familles. Ils
offrent un réel soutien et les familles peuvent apprendre
à partir des expériences vécues par d'autres
familles et utiliser ces informations pour instaurer à la
maison un climat qui favorisera le rétablissement de la personne
malade et rétablira l'harmonie dans la famille.
Quelques conseils pour les parents
1. Assurez-vous que votre proche prend
fidèlement ses médicaments.
2. Ne tolérez pas d'explosions
de violence.
3. Ne tolérez aucune menace
de se mutiler.
4. Ne tolérez aucune menace
de violence envers les autres.
5. Ne tolérez aucun comportement
violent.
6. Informez rapidement son gestionnaire
de cas ou son médecin.
7. N'hésitez pas à appeler
la police si la situation s'aggrave.
8. Amenez la personne à l'hôpital
au besoin.
9. Trouvez de l'aide rapidement.
10. Assurez-vous que tout le monde
est sur la même longueur d'onde.
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Tiré de Schizophrenia Digest ,Fall 2005, et traduit
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