Le rôle du parent
pour combattre les préjugés
Marylin Conroy
Récemment, mon mari et moi
étions invités par ma sur à un repas qu'elle
organisait en l'honneur de la graduation universitaire de son petit
fils. J'étais un peu réticente mais je savais qu'il
serait mal vu de refuser. Alors j'ai accepté et tenté
de voir le côté positif de la chose. Je ne pouvais toutefois
m'empêcher de penser, encore une fois, à notre propre
fils, également intelligent et éveillé, avant
d'être atteint d'une maladie mentale sévère au
début de sa vie adulte.
Au cours du repas, je me suis retrouvée
près de ma nièce, la mère du gradué.
Nous sommes à peu près du même âge et
amies de longue date. Mais elle demeure maintenant à Vancouver,
alors nous avions beaucoup de nouvelles à partager. Je m'informe
des projets de son fils. Elle était bien sûre très
fière de ses succès universitaires, à juste
titre. Elle s'informe de ma fille mais n'exprime aucun intérêt
au sujet de mon fils. Elle sait pourtant qu'il souffre de maladie
mentale, même s'il a connu des progrès significatifs
récemment.
L'injustice de son silence est renforcée
par une conversation avec mon mari, qui me raconte que le mari de
ma nièce a évité toute conversation au sujet
de notre fils. Ma première impression est de croire que leur
attitude commune équivaut à croire que notre fils
est décédé ou n'a jamais existé. J'éprouve
des sentiments de rage et de désappointement vis-à-vis
ma nièce et son mari, des gens pourtant bien éduqués
et intelligents. Le lendemain, j'essaye de lui exprimer ma déception.
Mais elle me répond qu'elle ne voulait pas gâcher ma
journée par des pensées tristes. Elle avait donc décidé
de ne pas aborder le sujet, ne comprenant pas que son silence parlait
fort.
J'ai immédiatement compris que cette
erreur d'omission de ma parenté, même sans méchanceté,
reflète la mentalité qui existe dans notre société
en général, ce cruel préjugé envers
les personnes atteintes de maladie mentale. Des parents d'enfants
atteints de ces maladies m'ont confirmé que ces " omissions
" de la part des autres sont une attitude commune dont ils
souffrent en silence. Je me suis demandée s'il y avait quelque
chose à faire.
Je dois ajouter que mon mari a réagi
différemment que moi au silence de ma nièce et de
son mari. Lorsque ce dernier s'est informé de notre fille,
il lui a donné des nouvelles de notre fille
et de notre
fils. Il lui a parlé avec fierté de ses progrès.
Ainsi, mon mari n'a pas connu mes sentiments de rage et n'est pas
sorti malheureux de la rencontre. Je me suis rendu compte que la
façon d'agir de mon mari était non seulement plus
habile, mais qu'en plus, elle contribuait à combattre les
préjugés contre les maladies mentales. De ma part,
en restant silencieuse envers les gens qui préfèrent
ne pas parler de ces choses là, je contribuais à perpétuer
les préjugés. Comment pouvons-nous améliorer
la société si nous-mêmes par notre silence ne
faisons que renforcer les préjugés des autres.
C'est alors que j'ai décidé
de transformer cette expérience déplaisante en une
expérience positive. J'ai pris la ferme décision d'imiter
le comportement de mon mari lors de rencontres futures avec des
amis ou parents. De plus, j'aimerais convaincre les autres parents
de personnes atteintes de maladie mentale qu'il ne faut plus demeurer
silencieux!
Notre société devient plus
ouverte, tolérante et respectueuse des différences
entre nous. Nous, les parents de personnes atteintes de maladie
mentale, avons l'obligation de faire connaître aux autres
la nature de telles maladies. Nous devons en parler ouvertement,
comme nous parlons de maladies physiques. Nous connaissons déjà
des progrès réels en ce domaine mais nous devons continuer
le travail d'éducation à chaque occasion qui se présente.
Un tel effort collectif fera une différence. J'espère
que dans un futur rapproché, la maladie mentale sera reconnue
dans une société intelligente comme une maladie physique
sérieuse qui se développe dans le cerveau. Nous pouvons
diminuer de façon significative la souffrance de nos proches
une fois que nous aurons éradiqué la honte associée
aux préjugés de la société envers la
maladie mentale.
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Article tiré de " LIEU
AMICAL " le journal des Amis de la santé mentale, banlieue
ouest (septembre - octobre - novembre 2005).
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