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Accueil > Défi Schizophrénie > Volume 10 #5

Le rôle du parent pour combattre les préjugés

Marylin Conroy

Récemment, mon mari et moi étions invités par ma sœur à un repas qu'elle organisait en l'honneur de la graduation universitaire de son petit fils. J'étais un peu réticente mais je savais qu'il serait mal vu de refuser. Alors j'ai accepté et tenté de voir le côté positif de la chose. Je ne pouvais toutefois m'empêcher de penser, encore une fois, à notre propre fils, également intelligent et éveillé, avant d'être atteint d'une maladie mentale sévère au début de sa vie adulte.

Au cours du repas, je me suis retrouvée près de ma nièce, la mère du gradué. Nous sommes à peu près du même âge et amies de longue date. Mais elle demeure maintenant à Vancouver, alors nous avions beaucoup de nouvelles à partager. Je m'informe des projets de son fils. Elle était bien sûre très fière de ses succès universitaires, à juste titre. Elle s'informe de ma fille mais n'exprime aucun intérêt au sujet de mon fils. Elle sait pourtant qu'il souffre de maladie mentale, même s'il a connu des progrès significatifs récemment.

L'injustice de son silence est renforcée par une conversation avec mon mari, qui me raconte que le mari de ma nièce a évité toute conversation au sujet de notre fils. Ma première impression est de croire que leur attitude commune équivaut à croire que notre fils est décédé ou n'a jamais existé. J'éprouve des sentiments de rage et de désappointement vis-à-vis ma nièce et son mari, des gens pourtant bien éduqués et intelligents. Le lendemain, j'essaye de lui exprimer ma déception. Mais elle me répond qu'elle ne voulait pas gâcher ma journée par des pensées tristes. Elle avait donc décidé de ne pas aborder le sujet, ne comprenant pas que son silence parlait fort.

J'ai immédiatement compris que cette erreur d'omission de ma parenté, même sans méchanceté, reflète la mentalité qui existe dans notre société en général, ce cruel préjugé envers les personnes atteintes de maladie mentale. Des parents d'enfants atteints de ces maladies m'ont confirmé que ces " omissions " de la part des autres sont une attitude commune dont ils souffrent en silence. Je me suis demandée s'il y avait quelque chose à faire.

Je dois ajouter que mon mari a réagi différemment que moi au silence de ma nièce et de son mari. Lorsque ce dernier s'est informé de notre fille, il lui a donné des nouvelles de notre fille… et de notre fils. Il lui a parlé avec fierté de ses progrès. Ainsi, mon mari n'a pas connu mes sentiments de rage et n'est pas sorti malheureux de la rencontre. Je me suis rendu compte que la façon d'agir de mon mari était non seulement plus habile, mais qu'en plus, elle contribuait à combattre les préjugés contre les maladies mentales. De ma part, en restant silencieuse envers les gens qui préfèrent ne pas parler de ces choses là, je contribuais à perpétuer les préjugés. Comment pouvons-nous améliorer la société si nous-mêmes par notre silence ne faisons que renforcer les préjugés des autres.

C'est alors que j'ai décidé de transformer cette expérience déplaisante en une expérience positive. J'ai pris la ferme décision d'imiter le comportement de mon mari lors de rencontres futures avec des amis ou parents. De plus, j'aimerais convaincre les autres parents de personnes atteintes de maladie mentale qu'il ne faut plus demeurer silencieux!

Notre société devient plus ouverte, tolérante et respectueuse des différences entre nous. Nous, les parents de personnes atteintes de maladie mentale, avons l'obligation de faire connaître aux autres la nature de telles maladies. Nous devons en parler ouvertement, comme nous parlons de maladies physiques. Nous connaissons déjà des progrès réels en ce domaine mais nous devons continuer le travail d'éducation à chaque occasion qui se présente. Un tel effort collectif fera une différence. J'espère que dans un futur rapproché, la maladie mentale sera reconnue dans une société intelligente comme une maladie physique sérieuse qui se développe dans le cerveau. Nous pouvons diminuer de façon significative la souffrance de nos proches une fois que nous aurons éradiqué la honte associée aux préjugés de la société envers la maladie mentale.

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Article tiré de " LIEU AMICAL " le journal des Amis de la santé mentale, banlieue ouest (septembre - octobre - novembre 2005).