Prendre le bon virage
La conscience de la maladie
et la fidélité au traitement
Les raisons pour lesquelles des patients refusent
de prendre leur médication sont complexes, mais fondamentalement,
la résistance d'un individu à accepter de prendre "
des pilules " n'est pas exclusive aux personnes souffrant de
troubles psychotiques.
Les effets dévastateurs de la schizophrénie
peuvent être grandement atténués et même
éliminés par la prise régulière d'une
médication appropriée mais environ la moitié
des patients cessent de prendre leurs médicaments après
les huit premiers mois de traitement.
Qu'arrive-t-il alors à la plupart
d'entre eux ? Un tragique retour des idées délirantes
et d'inévitables hospitalisations. Les raisons pour lesquelles
les patients refusent la médication sont complexes mais fondamentalement,
la résistance d'un individu à accepter de prendre
" des pilules " n'est pas uniquement le fait des personnes
souffrant de troubles psychotiques.
" Nous sommes tous de mauvais patients
" affirme Donna Wirshing, professeur associée à
l'Université de Californie. Elle estime que la fidélité
au traitement des personnes souffrant de schizophrénie est
probablement la même que celle de ses collègues enseignants
universitaires qui doivent prendre une médication pour traiter
leur hypertension.
Un chef de file dans la recherche sur la
médication est d'avis que le principal obstacle à
la fidélité au traitement chez les personnes souffrant
de schizophrénie est relié à l'évolution
de la maladie. Au début de la maladie, dit-il, nous sommes
confrontés à tout un lot de dynamiques diverses. Un
patient qui vient de recevoir un diagnostic de schizophrénie
n'a souvent absolument aucune conscience de ce qui lui arrive. "Pourquoi
devrai-je prendre des pilules alors que je ne suis pas malade ?"
affirme-t-il.
Il est difficile de contrer cet argument
au début de la maladie, mais d'éventuelles rechutes
et des hospitalisations subséquentes peuvent amener le patient
à prendre conscience de la dure réalité de
la schizophrénie. Malheureusement, il faut souvent jusqu'à
six hospitalisations avant que la personne accepte de prendre sa
médication de façon régulière.
Kim Barrett, une patiente demeurant au Vermont,
a vécu le circuit allant du refus à l'acceptation
finale du traitement. Cela lui a toutefois pris presque 15 ans pour
arriver à la fin du voyage. Elle est maintenant autonome
et a intégré à sa routine quotidienne la prise
régulière de ses médicaments trois fois par
jour. Elle reconnaît aujourd'hui que son refus de prendre
des médicaments au début de sa maladie, d'accepter
qu'elle en ait besoin, était directement relié au
déni de sa maladie.
D'un bout à l'autre du pays, elle
est entrée et sortie de multiples hôpitaux et cliniques
psychiatriques, publics ou privés. Elle a dangereusement
été suicidaire avant de finalement prendre conscience
de sa maladie. Elle réalise pleinement aujourd'hui pourquoi
elle a besoin de prendre des médicaments. " Je comprend
que je dois faire absorber quelque chose par mon organisme pour
l'aider à fonctionner normalement ".
Kim prend une combinaison de deux médicaments
qui contrôlent 90% de ses symptômes. Faire face au 10%
qui restent demande surtout du courage et de la persévérance,
dit-elle.
Les chercheurs se penchent maintenant sur
des moyens qui pourraient permettre de diminuer la longueur de la
période au cours de laquelle le patient ne reconnaît
pas qu'il est malade, qu'il manque d'insight. Xavier Amador, psychologue
clinicien et co-auteur du livre " I am not sick, I don't need
help ! " utilise ce qu'il appelle des "entrevues de motivation"
pour aider les patients à réaliser les avantages que
comporte la prise de médicaments.
Vous posez toute sorte de questions, dit-il,
et éventuellement, le patient va vous demander votre opinion.
Cette pratique s'inspire d'une approche utilisée dans le
traitement des consommateurs de substances qui n'ont que très
rarement conscience qu'ils ont un problème. Cette méthode
est toute centrée sur la compréhension du point de
vue du patient et évite toute forme de jugement. " Vous
devez rejoindre les personnes là où elles sont rendues
" dit Amador, " Il est tellement important d'écouter
la personne et de reconnaître ce qu'elle vit ".
La prise de conscience de la maladie n'est
pas l'objectif premier. D'abord et avant tout, il faut instaurer
un climat de confiance. Une fois qu'une relation de qualité
est instaurée, la clé est d'amener le patient à
établir un lien entre ce qu'il souhaite et ce que le traitement
peut lui apporter.
Le chemin de la médication n'est pas
toujours facile. Les médicaments de nouvelle génération
dits atypiques qui sont apparus au début des années
'90 ont considérablement moins d'effets secondaires indésirables
que leurs prédécesseurs qui remontent aussi loin que
dans les années '50. Ils présentent tout de même
des défis. Un gain de poids, de la somnolence, une diminution
des capacités sexuelles, entre autres, sont des problèmes
relativement fréquents et peuvent être suffisants pour
décourager une personne de consommer des médicaments
pour une longue période.
Ceux qui prennent fidèlement leurs
médicaments savent cependant que cesser de le faire comporte
des conséquences bien pires qu'un plus fort tour de taille
ou quelques frustrations au lit. Loren Booda, un spécialiste
des communications souffrant d'un trouble schizo-affectif a religieusement
pris ses médicaments depuis 20 ans. Je suis heureux de prendre
mes médicaments, dit-il, parce qu'ils me permettent de penser
plus clairement.
Les experts sont d'avis qu'il est très important que les
membres des familles reçoivent une bonne information sur
les médicaments afin qu'ils puissent mieux comprendre la
différence entre les effets secondaires des médicaments
et les manifestations de la maladie elle-même. La confusion
qui existe parfois entre les deux peut avoir comme effet de compliquer
le traitement et affecter le moral du patient.
La médication agit parfois si bien
que la personne saute à la conclusion qu'elle est guérie.
La nature humaine est ainsi faite que des personnes souffrant d'une
variété de maladies, incluant le diabète et
des problèmes cardiaques, peuvent décider de cesser
de prendre leurs médicaments lorsqu'ils se sentent mieux.
"Si vous ne ressentez pas de douleurs, c'est facile d'oublier
de prendre vos médicaments" dit le Dr Marl Vanelli,
professeur à la Harvard Medical School. Les recherches qu'il
a menées sur le renouvellement des ordonnances pour des médicaments
antipsychotiques ont fait ressortir que 30% des patients cessent
de prendre leur médication au cours du premier mois. Ce résultat
grimpe à 44% au bout de 8 mois.
Dans les rares occasions où Kim a
oublié une dose, elle a d'abord ressentie plus d'énergie.
Elle a cependant vécu assez longtemps avec la maladie pour
savoir que des symptômes de faiblesse se cachent dans l'ombre
de ces avantages apparents. "Je n'aime pas me sentir malade"
dit-elle.
Loren peut ressentir immédiatement
les effets de l'absence de ses médicaments si il ne les prend
pas. Il y a quelques années, il a souffert d'une intoxication
alimentaire qui l'a forcé à se priver de ses médicaments
pendant 24 heures. " Ce fut l'enfer ! " dit-il, tant pour
son estomac que pour son état mental.
Les professionnels de la santé affirment
sans réserve que l'éducation est essentielle pour
permettre aux patients et aux membres de leur famille de naviguer
à travers les défis que comporte l'adhésion
au traitement. Un engagement actif de la famille dans la gestion
de la prise des médicaments est crucial.
Selon les experts et les connaissances cliniques
actuelles, la plupart des patients qui ont eu plus d'un épisode
psychotique devront prendre des médicaments pendant au moins
5 ans et plus possiblement pour toute leur vie.
Comment aider
Le support de la famille est considéré
comme l'un des facteurs les plus importants pour convaincre
les personnes atteintes de schizophrénie de prendre
fidèlement les médicaments qui leur ont été
prescrits. Voici quelques pistes pouvant aider à faciliter
l'adhésion au traitement :
-
Rappelez-vous que la persuasion
est préférable à la contrainte. Utiliser
la menace pour forcer quelqu'un à prendre sa médication
n'est, au mieux, qu'une solution temporaire.
-
Si vous soupçonnez que votre
proche ne prend pas sa médication, posez-lui la
question de façon à ce qu'il ne sente aucun
jugement ou accusation.
-
Il ne faut pas punir, blâmer
ou réprimander votre proche s'il admet de pas suivre
son traitement. Si vous agissez de la sorte, ce sera peut
être la dernière fois où lui ou elle
vous donnera une réponse franche.
-
Insistez sur les bienfaits quotidiens
de la médication comme un sommeil réparateur
et une diminution de l'anxiété. Évitez
d'adopter une approche alarmiste.
-
Tentez de relier l'adhésion
au traitement à l'atteinte d'un objectif de vie
comme trouver un emploi, obtenir un diplôme, développer
une relation amoureuse.
-
Assurez-vous que toute la famille
est convaincue de la nécessité de prendre
des médicaments. Autrement, la personne atteinte
de schizophrénie va rechercher l'appui de celui
de ses proches qui est le moins convaincu de l'absolue
nécessité d'adhérer au traitement.
-
Demandez au médecin du patient
d'expliquer franchement les effets secondaires possibles.
Un effet secondaire comme celui d'avoir la bouche sèche
ou une salivation excessive peut être accepté
par le patient s'il en a été avisé
à l'avance et comprend que c'est en fait le prix
à payer pour se sentir mieux.
-
Encouragez votre proche à
éviter de consommer de l'alcool ou des ' drogues
de rue '.
-
Aidez votre proche à trouver
un médecin qui a comme philosophie de développer
une bonne relation avec les familles.
-
Soyez compréhensif et sympathique
face aux doléances de votre proche au sujet des
effets secondaires de ses médicaments, mais ne
vous plaignez pas de ces effets secondaires en sa présence.
Discutez plutôt de ces questions avec son médecin
traitant.
Source : 'How to Help Someone
Who Stop Taking their Medicines', par Dr Peter Weiden
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Traduction libre d'un article paru
sous la signature de Randy Barrett dans la revue Schizophrenia Digest,
Spring 2004
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