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CATIE
Une étude longtemps attendue et controversée
par Stacie Z. Berg
L'automne dernier, les premiers résultats
de la Phase I de l'étude Clinical Antipsychotic Trials of Intervention
Effectiveness (CATIE) ont été publiés dans le
New England Journal of Medicine. Il s'agit de la plus importante
et plus longue étude comparative indépendante jamais
réalisée sur l'efficacité des antipsychotiques
de première génération et les nouveaux antipsychotiques
dits " atypiques " qui sont utilisés pour traiter
la schizophrénie.
Les résultats de la Phase I de l'étude CATIE suggèrent
qu'il y a peu de différences entre les cinq médicaments
qui ont fait l'objet de l'étude. Bien qu'elle semble démontrer
que le médicament de première génération
utilisé, la perphénazine (Trilafon), soit aussi efficace
que les nouveaux médicaments atypiques, l'étude n'a
toutefois pas tenu compte des effets secondaires que peut provoquer
ce type de médicament. Le National Institute of Mental Health
(NIMH), souligne aussi que si d'une part, les résultats de
l'olanzapine (Zyprexa) sont légèrement supérieurs
à ceux de tous les autres médicaments, lorsqu'on considère
le taux d'abandon de la médication et le taux d'hospitalisation
des patients, elle présente d'autre part, un taux plus élevé
d'effets secondaires métaboliques et de gain de poids.
Ce que cette étude nous apprend
Tous les résultats ne sont cependant pas publiés.
Nous en apprendrons d'avantage sur le sujet au cours des prochains
mois, et de nombreux articles en réaction à cette
étude seront également publiés.
" Les résultats de l'étude CATIE soulignent
des différences dans l'efficacité des médicaments
et les effets secondaires qu'ils comportent, déclare Dr Jeffrey
A. Lieberman, président du département de psychiatrie
du College of Physicians and Surgeons de l'Université Columbia,
et directeur de l'étude. Elle permettra aux médecins
de se dire : 'Lorsque je suis en face d'un patient et que je dois
décider du médicament à lui prescrire, ou comment
modifier sa médication, je peux consulter l'étude
CATIE pour prendre une décision éclairée' "
dit-il.
Jusqu'à maintenant, les médecins choisissaient des
médicaments qui, d'après leur expérience, étaient
les plus efficaces et recommandés par les études du
Food and Drug Administration (FDA). (Veuillez consulter l'encadré
" Pourquoi l'étude CATIE était nécessaire
".) Cependant, il s'agit habituellement là d'études
comparatives entre deux médicaments " des études
à court terme découlant d'exigences règlementaires
(FDA), parrainées généralement par une compagnie
pharmaceutique ", d'ajouter Dr Lieberman.
Interprétation exacte et erronnée
des résultats
Les résultats de l'étude ont créé une
controverse pour plusieurs raisons : non seulement à cause
de l'interprétation des résultats de l'étude
CATIE qui a été faite par les médias, les défenseurs
de droits et même les chercheurs de l'étude, mais aussi
à cause de failles possibles sur le plan du protocole de
recherche de l'étude. Les résultats de l'étude
suggèrent que la plupart des médicaments atypiques,
plus récents, sont aussi efficaces que les antipsychotiques
de première génération qui sont moins coûteux
mais qu'ils peuvent entraîner des effets secondaires invalidants,
tel la dyskinésie tardive.
Selon le NIMH, qui a financé l'étude de 42,6 millions
de dollars, les résultats " ont soulevé des questions
autant de la part des défenseurs des droits des malades que
des cliniciens au sujet de son impact sur les politiques de remboursement
des médicaments antipsychotiques ". Le rapport publié
dans le New England Journal of Medicine souligne que 90 pour
cent des antipsychotiques prescrits présentement sont des
atypiques. Selon le NIMH, parce que 80 pour cent des antipsychotiques
sont payés par le secteur public, principalement par Medicaid
(programme médical américain), le milieu de la santé
mentale craint que le gouvernement fédéral réduise
ou élimine la couverture par Medicaid de tous les médicaments
atypiques. Ces médicaments sont aussi prescrits pour le trouble
bipolaire, la maladie d'Alzheimer, les déficits du développement
et, rarement, pour les troubles anxieux.
Medicaid a dépensé 3,73 milliards de dollars pour
des antipsychotiques en 2002. De ce montant, 88 pour cent a été
consacré au remboursement de trois médicaments atypiques.
En outre, les atypiques figuraient parmi les quatre prescriptions
les plus fréquemment remboursées par Medicaid au cours
de l'année de l'étude. En 2001, 70 pour cent des personnes
qui ont participé à l'étude prenaient des antipsychotiques
atypiques.
M. Mark Duggan, Ph. D., professeur associé en sciences économiques
de l'Université du Maryland, a cherché à savoir
si le fait de favoriser la prescription des nouveaux antipsychotiques,
même s'ils sont plus coûteux, pouvait réduire
les coûts globaux en matière de santé, puisqu'ils
génèrent un taux d'hospitalisations moins élevé
et réduisent le recours à d'autres services de soins
de santé. Ses conclusions, publiées dans le numéro
de janvier 2005 du Journal of Health Economics, démontrent
que ce n'est pas le cas. Elles suggèrent plutôt que
les antipsychotiques atypiques ont fait augmenter le nombre de cas
de diabète et autres maladies connexes dont le traitement
génère des coûts additionnels. Les médicaments
atypiques, plus récents et plus coûteux, semblent cependant
avoir réduit l'apparition des effets secondaires extrapyramidaux
invalidants associés aux plus anciens médicaments.
Les effets secondaires extrapyramidaux comprennent :
- des mouvements involontaires
- le parkinsonisme : des tremblements et de la rigidité
- la dystonie aiguë : des contractions musculaires
- l'akathisie : l'agitation corporelle
- le syndrome malin des neuroleptiques : des modifications des rythmes
cardiaque et respiratoire.
Puisque ces symptômes ne peuvent être traités,
ils ne coûtent aucun dollar en soins de santé aux contribuables.
Bien qu'ils n'aient pas été pris en compte dans l'étude
de Dr Duggan, ces effets secondaires réduisent toutefois
la capacité des personnes touchées à travailler
et à socialiser, et représentent donc un coût
pour la société dans d'autres secteurs. Cette étude
n'a pas considéré non plus la possibilité que
les coûts des soins pour les personnes souffrant de diabète
puissent être réduits en investissant dans des programmes
visant à aider les personnes qui prennent des médicaments
atypiques à maintenir ou à réduire leur poids.
Malgré ces conclusions, il demeure que les médecins
et les patients doivent disposer d'une gamme de médicaments
variés pour leur permettre de trouver le médicament
qui leur permettra de composer avec la schizophrénie, cette
maladie du cerveau difficile à traiter et qui touche 3,2
millions d'Américains.
Les chercheurs de l'étude CATIE reconnaissent ce besoin.
" À ce moment-ci, les résultats (CATIE) ne soutiennent
pas qu'il est nécessaire de restreindre le choix, ni d'imposer
une politique sur le changement de médication qui stipulerait
qu'on peut changer un médicament uniquement si celui-ci n'a
pas été efficace ", (Fail-First Policy) précise
Dr Lieberman. Ce genre de politique forcerait les médecins
à prescrire les médicaments moins coûteux en
premier, et seuls les patients dont l'état ne s'améliorerait
pas pourraient se faire prescrire des médicaments plus coûteux.
" La possibilité de faire un choix est grandement souhaitable,
sinon essentielle ", d'ajouter Dr Lieberman.
L'antipsychotique de première génération moins
coûteux testé dans cette étude " est efficace
pour certaines personnes, mais cela ne signifie pas qu'il le sera
pour tout le monde " déclare Dr Joseph McEnvoy, professeur
associé de la psychiatrie biologique du Duke University Medical
Center et chercheur principal associé à l'étude
CATIE.
Cela étant dit, ces deux dernières observations ne
semblent pas avoir été notées ou considérées
par les médias et autres commentateurs, et ce, probablement
parce qu'elles comportent une mise en garde : " (Les atypiques)
devraient certainement représenter moins de 95 pour cent
de la part du marché, affirme Dr Lieberman. Compte tenu des
différences individuelles, il ne serait pas exagéré
de s'attendre à ce que les anciens médicaments dépassent
les cinq pour cent (de la part du marché) ". Dr Lieberman
semble donc croire que si on diminue l'usage des médicaments
atypiques, une augmentation de l'usage des antipsychotiques typiques,
ou de première génération, devrait se traduire
en certaines économies.
Dr Lieberman constate aussi que certains travailleurs
à faibles revenus doivent défrayer eux-mêmes
les coûts de leurs médicaments. Pour un patient type,
il calcule que la différence de coût par année
entre les anciens et les nouveaux antipsychotiques peut atteindre
4 500 $. " Est-ce que ce serait vraiment moins avantageux pour
eux de prendre un ancien antipsychotique? Pas nécessairement
"dit-il.
Préoccupés par le fait que l'impact des résultats
similaires quant à l'efficacité de tous les médicaments
étudiés puisse entraîner le retrait pur et simple
de toute possibilité de choix ou une diminution des choix
disponibles, les défenseurs des droits des personnes atteintes
de maladie mentale se sont mobilisés. Ils ont garni leur
arsenal de combat de toutes les lacunes méthodologiques de
l'étude qui ont été identifiées pour
démontrer que les résultats de l'étude CATIE
peuvent être biaisés en faveur des médicaments
de première génération. (Lisez l'encadré
" La controverse CATIE ".)
Alors qu'on associe un gain de poids à la prise des médicaments
atypiques (qui peut entraîner des problèmes cardiaques
et diabétiques chez certaines personnes), Dr Darrel Regier,
directeur de la division de recherche de l'American Psychiatric
Association déclare pour sa part que " la dyskinésie
tardive et le syndrome parkinsonien (associés aux anciens
antipsychotiques) peuvent certainement être mortels
En matière de déficiences sur le plan social, c'est
neurotoxique ". De tels effets secondaires peuvent prendre
plusieurs années avant d'apparaître. Il a déclaré
préférer voir des patients un peu grassouillets. "
Un régime adéquat et de l'exercice peuvent contrôler
au moins certains des effets secondaires reliés aux médicaments
atypiques, alors que les effets secondaires des antipsychotiques
de première génération constitue un pari risqué
pour les patients " affirme-t-il.
" Le problème est que l'étude CATIE est publiée
à un moment où les gouvernements sont étouffés
financièrement, et les pharmaciens (qui dirigent les comités
décisionnels en matière d'inscription des médicaments
sur les formulaires) ont tendance à penser d'abord au rendement
de leur investissement, alors que les médecins, pour leur
part, pensent avant tout aux médicaments qui seront les plus
efficaces pour leur patient ", affirme Dr Ken Duckworth, directeur
médical du NAMI (National Alliance on Mental Illness).
" L'ironie est que nous appuyons entièrement le NIMH
pour qu'il effectue ce type d'étude puisque les compagnies
pharmaceutiques ne le feront pas; mais il est aussi très
important de ne pas utiliser de façon erronée ce type
de données ", d'ajouter Dr Regier. En fait, au moment
où Schizophrenia Digest devait aller sous presse,
le NIMH a émis une mise en garde à l'effet qu'il serait
prématuré d'élaborer une politique restrictive
de remboursement des médicaments en se basant sur les résultats
de la Phase I de l'étude. (www.nimh.nih.gov/about/dirupdate_catie.cfm)
Le problème le plus sérieux
Que l'efficacité des différents médicaments
soit semblable ou pas, le taux élevé d'abandon de
la médication est inquiétant. Près des trois
quarts (74 pour cent) de tous les participants à cette étude
ont cessé le traitement qui leur avait été
prescrit avant la fin de la période d'essai de 18 mois, soit
parce que les médicaments qu'ils prenaient leur apportaient
peu ou pas d'amélioration, soit parce que les effets secondaires
étaient intolérables, ou soit parce que les médicaments
n'avaient en rien modifié la conviction du patient qu'il
n'avait pas besoin de médicaments. Ce dernier point est souvent
un symptôme de la maladie, et non un entêtement de la
part de la personne atteinte de schizophrénie. Par contre,
les rapports d'entrevue auprès des participants pourraient
porter le lecteur à penser le contraire.
" La période de temps écoulée entre le
début et la fin du traitement suite à une décision
du patient (c.-à-d. que le patient choisit de lui même
d'arrêter le traitement), a été semblable à
celle liée à un abandon de traitement pour toute autre
raison ", ont déclaré les chercheurs dans leur
rapport du New England Journal of Medicine. Dr McEnvoy a
même ajouté que de considérer l'abandon de la
médication comme l'équivalent d'une rechute ou d'un
échec de traitement est " tout à fait incorrect
". Dans plusieurs cas le traitement a été plutôt
efficace, mais les patients ont simplement abandonné (parce
qu'ils ne ressentaient pas le besoin d'un traitement). Par contre,
lorsqu'on a demandé aux Dr McEnvoy et Dr Lieberman si l'incapacité
de reconnaître qu'on est malade peut faire partie des symptômes
de la schizophrénie chez certains patients, ils ont reconnu
l'existence de ce symptôme et reconnu que les médicaments
n'ont alors aucun effet sur celui-ci.
Lorsqu'on a demandé au Dr Regier d'expliquer le taux élevé
d'abandon des médicaments atypiques, il a simplement répondu
: "
aucun des médicaments n'est parfait. (Les
patients) cherchent quelque chose de mieux ".
CATIE est une étude très vaste. Les résultats
de la Phase II doivent être publiés en mars 2006; la
date de publication de la Phase III n'est pas encore connue. Le
Schizophrenia Digest publiera toute nouvelle information
et les rapports subséquents aussitôt qu'ils seront
disponibles.
Mme Stacie Z. Berg est une journaliste scientifique/médicale
lauréate et auteure d'un cybercarnet au sujet de nouvelles
recherches sur les affections du cerveau au http://eurekaalert.blogspot.com
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