Comment
aider un proche lorsque des informations cruciales sont de nature
confidentielle
Le but de la loi sur la confidentialité est de protéger
les personnes qui sont malades. C'est un principe de base de la
pratique médicale. Toutefois, en ce qui concerne certaines
personnes souffrant d'une maladie mentale sévère et
persistante comme la schizophrénie, des personnes qui peuvent
manquer d'insight et être incapables de reconnaître
la gravité de leur état et/ou qui peuvent présenter
un danger pour elles-mêmes ou pour les autres, cette loi peut,
en fait, être préjudiciable. La confidentialité
peut nuire aux précieux efforts faits pour aider une personne
dans le besoin.
D'autre part, les familles dont un proche souffre de schizophrénie
ont également des droits. Les informations qu'elles communiquent
aux membres de l'équipe de soins peuvent elles aussi devoir
être protégées. Il existe des cas où
des familles ont été profondément blessées
lorsque un professionnel de la santé a répété
à leur proche malade, des informations qu'elles voulaient
et avaient demandé de garder confidentielles.
Même s'ils peuvent avoir les mains liées parce qu'un
patient n'a pas donné son consentement écrit à
ce que des informations le concernant puissent être divulguées,
la plupart des praticiens en santé mentale reconnaissent
que les personnes souffrant de désordres psychiatriques qui
affectent leurs capacités à fonctionner normalement
auront besoin de soutien pendant une longue période de temps.
Et dans la majorité des cas, surtout si le patient habite
chez ses parents ou des proches, le cur de ce soutien sera
la famille du patient !
Des études cliniques ont démontré que l'implication
de la famille est souvent un facteur crucial du succès d'un
plan de traitement dans la communauté. La plupart des familles
veulent participer de façon significative à l'évaluation,
à la dispensation du traitement et au processus de suivi.
Toutefois, pour des raisons souvent reliées à la maladie,
par exemple une paranoïa extrême qui le porte à
croire que sa famille fait partie d'un complot ourdi contre lui,
un individu peut non seulement refuser le traitement mais refuser
que sa famille ait accès à des informations dont elle
pourrait pourtant avoir désespérément besoin
pour l'aider et le soutenir. Ces informations concernent le pronostic
d'évolution de la maladie, les références à
des idées suicidaires, les signes d'une rechute possible,
les effets secondaires causés par les médicaments
et la façon de faire face à une crise spécifique
pouvant se produire à la maison.
Dans ce contexte, d'une façon réaliste, qu'est ce
qui peut alors être fait pour améliorer les communications
entre le patient, les membres de l'équipe de soins et la
famille? Bien qu'il n'existe pas de raccourci connu pour contourner
l'obstacle que la confidentialité peut constituer à
une communication ouverte et souvent absolument nécessaire,
dans plusieurs cas, pour le plus grand bien du patient, un effort
spécial doit être fait pour relever ce défi.
C'est évident qu'à court terme, les professionnels
de la santé vont devoir tenter d'être plus créatifs
afin de développer des façons de communiquer des informations
essentielles sans violer la confidentialité. À long
terme, il est souhaitable que ces professionnels travaillent la
main dans la main avec les familles pour qu'une solution soit intégrée
dans la loi. Une des solutions à envisager serait d'apporter
un amendement ou une interprétation différente à
la législation actuelle sur la vie privée qui pourrait
faciliter la présence de membres des familles au sein de
l'équipe de soins. Les membres de l'équipe de soins
pouvant recevoir des informations qui sont nécessaires et
vitales sans le consentement du patient, la question de la confidentialité,
telle qu'elle existe présentement, serait grandement simplifiée.
Entre-temps, voici quelques suggestions
pratiques pouvant contribuer à faciliter la communication
sans outrepasser les lois actuelles sur la confidentialité
:
1. Soyez patients et respectueux les uns envers les autres.
(Les familles ne devraient pas présumer que les professionnels
en santé mentale ne se soucient de rien et les personnes
qui sont responsables des soins de santé ne devraient jamais
oublier que les familles ont souvent vraiment besoin de plus d'informations
et désirent être impliquées).
2. Idéalement, on devrait tenter d'obtenir du
patient une autorisation écrite permettant au médecin,
et/ou au gestionnaire du cas, de communiquer des informations à
la famille à un moment où celui-ci se porte assez
bien et est d'accord pour signer une telle autorisation.
3. Si le patient ne veut pas donner son autorisation
à ce que des informations puissent être communiquées
à sa famille, essayez de demander au médecin s'il
n'y a pas quelque chose que vous puissiez faire pour aider à
l'obtenir.
4. Gardez en tête le fait que si le psychiatre,
le travailleur social ou l'infirmière peuvent être
empêchés par la loi sur la confidentialité de
vous donner les informations que vous souhaitez obtenir, il
n'y a rien qui vous empêche d'avertir le médecin, en
personne ou par téléphone, de faits importants que
vous avez observés chez le patient. (Par exemple, si votre
proche a des idées suicidaires ou a tenté de se suicider,
qu'il vous a agressé ou a fait preuve de violence envers
qui que ce soit d'autre, s'il est armé ou s'il entend des
voix qui lui disent de blesser les autres, ces comportements doivent
être communiqués au médecin le plus tôt
possible.) Par le biais de cet échange supplémentaire
avec lui, le médecin réalisera que vous êtes
déjà au courant d'informations qui sont, en soi, considérées
de nature confidentielle par votre proche qui est malade. De telles
révélations peuvent être l'occasion d'élargir
la communication, pour le plus grand bénéfice de tout
le monde.
5. Habituellement, le médecin avertira la famille s'il
y a un risque qu'elle soit exposée à de la violence
physique.
6. Habituellement, on peut se faire confirmer qu'une personne
a effectivement été admise à l'hôpital,
ou qu'elle y est encore hospitalisée, en appelant le service
d'information de l'institution en cause.
7. Si le médecin traitant ne peut trouver le temps
de vous parler, tenter de joindre une des infirmières assignées
aux soins de votre proche. Les infirmières, les membres
de l'équipe de soins, les gestionnaires de cas sont à
même de se rendre compte du profond désir d'aider leur
proche que manifestent les familles par leurs visites régulières
et leurs demandes de renseignements par téléphone.
Ils peuvent être en mesure de vous rassurer sur l'état
général de votre proche, entre autres vous dire s'il
dort bien, s'il s'alimente bien, s'il s'adapte bien au traitement
et à l'hospitalisation. (Cela peut parfois prendre un certain
temps avant que le patient se sente mieux et soit en mesure de recevoir
des visiteurs. Soyez patients envers le personnel soignant et envers
votre proche).
8. Les questions spécifiques relatives à
la médication et aux possibles effets secondaires doivent
être posées au médecin traitant ou aux infirmières
de l'institution. Si vous connaissez les médicaments
qui ont été prescrits à votre proche, vous
pouvez demander à votre pharmacien de vous donner
un feuillet d'informations pour chacun des médicaments en
cause.
9. Pour vous impliquer plus intensément dans
l'évaluation, le traitement et la réhabilitation de
votre proche, demandez si vous ne pourriez pas assister à
quelques rencontres de l'équipe de soins en compagnie de
votre proche. Certains patients acceptent plus facilement que vous
assistiez à ces rencontres, plutôt que de signer un
formulaire afin que les informations le concernant vous soient transmises.
10. Le psychiatre responsable du dossier de votre proche peut
souvent s'adresser à la famille pour obtenir des informations
sur l'histoire de cas du patient. La décision de communiquer
ou pas certaines de ces informations au patient relève de
la discrétion du médecin. Lorsque vous donnez des
informations, soyez conscient que le psychiatre pourra éventuellement
en parler avec d'autres personnes, notamment avec le patient. Le
cas échéant, la famille pourra devoir faire preuve
de discrétion au sujet des informations qu'elle transmet,
afin de protéger sa relation avec son proche qui est malade.
Texte traduit, tiré de Making Sense of Your World ( and
the people in it ), Schizophrenia Society of Saskatchewan,
2003.
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