Les familles - notre réseau de soutien
le plus important
Le thème de la Semaine de sensibilisation
aux maladies mentales de cette année (SSMM) - " La maladie
mentale et la famille : des ressources favorisant le rétablissement
" - reconnaît le rôle énorme des familles
dans le soutien des personnes souffrant de maladie mentale importante.
En même temps, ce thème souligne les difficultés
que connaissent bien des familles quand elles tentent d'obtenir
des soins ponctuels pour les membres de leur famille et du soutien
pour elles-mêmes.
Nous, psychiatres, avons toujours reconnu l'apport important des
familles, mais nous avons parfois été perçus
comme étant anti-familles. Cette perception provient de théories
dépassées sur la causalité en ce qui concerne
certaines maladies mentales - théories qui semblaient blâmer
les familles pour l'apparition d'une affection et diminuer leur
influence stabilisante. Les fardeaux additionnels de la stigmatisation
et de la discrimination générales que connaissent
les personnes affligées et leurs familles n'ont fait que
compliquer la vie de toutes les personnes en cause. Même si
nous avons pu clarifier que nous reconnaissons la famille comme
étant une source importante de soutien pour les personnes
souffrant de maladie mentale, il reste beaucoup de travail à
faire pour contribuer à réduire la discrimination
que subissent les personnes affligées et leurs familles.
En prenant le temps de fournir des renseignements clairs et exacts
sur la nature de l'affection en question, nous contribuons grandement
à aider les membres de la famille à comprendre la
maladie d'un proche affligé. En outre, de nombreuses preuves
scientifiques appuient la notion que des familles informées
sont associées à de meilleurs résultats pour
les personnes affligées. Les familles informées sont
aussi des alliés puissants quand les ressources s'épuisent
: elles tiennent un rôle important dans la représentation
publique de leurs proches affligés, que ce soit au niveau
de l'hôpital local ou à divers paliers de gouvernement.
Une quantité croissante d'information est offerte sur l'étendue
des soins directs fournis par les familles et l'effet qu'elles en
ressentent. Il y a un an, un sondage de Santé Canada mené
par Decima Research (1) a conclu que 4% des
adultes canadiens prennent présentement soin d'un membre
de la famille qui est de santé fragile ou qui souffre d'une
incapacité physique ou mentale, ou d'une maladie chronique.
Le rapport estime que les aidants naturels en milieu familial représentent
environ un tiers du total de la population des soignants au Canada.
Comme on peut s'y attendre, plus de 77% de ces aidants naturels
sont des femmes, 70% plus de 45 ans, et 25% ont au moins 65 ans.
Parmi les aidants naturels, 70% reconnaissent que fournir des soins
a été stressant, même pour les 50% qui disent
s'être très bien acquittés de la responsabilité.
Ceux qui déclarent avoir eu de la difficulté ou du
stress à prendre soin d'un membre de la famille à
la maison sont aussi les plus susceptibles de dire que les soins
leur ont créé des difficultés importantes (29%)
ou relatives (48%) en ce qui concerne leur propre santé émotionnelle.
Les problèmes importants dans ce domaine sont surtout déclarés
par des femmes (32%), de jeunes aidants naturels (36%), des allophones
(37%), des personnes qui prennent soin de membres de la famille
de moins de 45 ans (39%), et des personnes qui ont soin de quelqu'un
souffrant d'incapacité mentale (47%). Ceux qui reçoivent
des soins familiaux sont en toute probabilité un conjoint
ou partenaire (38%) ou un parent (33%). Parmi ceux-là, 21%
nécessitaient de l'aide en raison d'une incapacité
mentale et 18%, à cause d'une combinaison de maladie physique
et mentale.
Cette réalité, largement méconnue des intervenants
du gouvernement, constitue une subvention invisible au système
de santé. En outre, le fardeau pour les familles s'accroîtra
sûrement dans les années à venir étant
donné que le système de santé connaît
encore et toujours des compressions budgétaires. Comme l'a
si justement dit le Dr David Conn, co-président de la Coalition
canadienne pour la santé mentale des personnes âgées
et président actuel de l'Académie canadienne de psychiatrie
gériatrique, lors de sone exposé du 4 juin devant
le Comité sénatorial permanent des affaires sociales,
des sciences et de la technologie :
La valeur économique des soins dispensés par des
membres de la famille est énorme. Les aidants naturels dispensent
la majorité de4s soins de longue durée au Canada et
permettent au système public d'économiser des milliards
de dollars. Il demeure que le soutien dont ils bénéficient
est limité, qu'il est habituellement insuffisant et qu'il
est essentiellement axé sur le membre de la famille qui est
malade, plutôt que sur les besoins des aidants. Nous recommandons
que l'on fournisse aux aidants naturels l'appui dont ils ont besoin
pour offrir des soins de qualité, notamment en les informant
comme il se doit et en leur donnant accès à des niveaux
appropriés de soins de relève et de soins à
domicile.(2)
L'Association des psychiatres du Canada accorde une grande valeur
à sa collaboration étroite avec les divers groupes
dont le mandat est de soutenir les personnes affligées et
leurs familles et qui réclament publiquement moins d'attitudes
et de pratiques discriminatoires à l'endroit des personnes
souffrant de maladie mentale. Nombre de ces groupes ont participé
l'automne dernier au Sommet sur la maladie mentale et la santé
mentale, à l'appui d'une demande conjointe d'un plan national
de santé mentale. Ce plan doit faire en sorte que des soins
de qualité soient offerts en temps utile et que les familles
puissent bénéficier d'un soutien quand et où
elles en ont besoin. Nous n'atteindrons pas notre but sans la participation
active de tous les intervenants.
Bibliographie
(1) Santé Canada et Decima Research, Profil
national des personnes soignantes au Canada - 2002 : Rapport final.
Ottawa : Santé Canada; 2002.
(2) Délibérations du comité sénatorial
permanent des Affaires sociales, des sciences et de la technologie,
Fascicule 17. Témoignages du 4 juin 2003,
http://www.parl.gc.ca/37/2/parlbus/commbus/senate/Com-f/soci-f/17eva-f.htm?Language=F&Parl=37$Ses=2&comm_id=47
______________
Tiré du bulletin de l'Association des psychiatres
du Canada, octobre 2003
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