Chronique: L'acceptation du diagnostic
NOUVELLE CHRONIQUE DU PAIR AIDANT: Simon Longpré, le pair aidant de la SQS, vous présente une nouvelle chronique où il vous raconte diverses expériences reliées à la schizophrénie. L’acceptation de ma maladie s’est faite en plusieurs étapes. Quand j’étais à l’hôpital, on me disait atteint de schizophrénie. Pour moi, c’était une erreur de la part du psychiatre. Bien qu’on me l’ait répété plusieurs fois, puisque à ce moment-là je ne me croyais pas malade, ça ne m’atteignait pas.
Oui, j’avais de la douleur à entendre cela, mais il y avait toujours un côté de moi qui me disait que personne n’avait suffisamment de connaissance pour voir en moi ou pour être en mesure de juger de l’histoire que je venais de vivre.
En résumé, je ne croyais pas que le psychiatre possédait le don d’ubiquité, ni celui de voyant. Pour moi, cette sphère de l’existence (ce que les médecins appelaient la schizophrénie) était trop abstraite pour se soumettre à l’analyse. Cela faisait en sorte que l’étiquette ne me collait jamais à la peau.
Ce n’est que lorsque j’ai débuté des ateliers d’ergothérapie à la clinique externe que j’ai commencé graduellement à être plus conscient et réceptif à tout ce qui se produisait autour de moi. Avant cette date, je voyais les interventions de l’équipe traitante comme de vaines tentatives de me faire accepter le fait que j’étais dans l’erreur à propos du scénario que je croyais vivre. J’y voyais également, par moment, le début d’un complot pouvant être la suite de mon délire paranoïaque.
On m’a aussi déclaré «contrainte sévère à l’emploi». Au début, je recevais ce constat assez dramatiquement, mais je continuais de croire qu’il n’existait aucune objectivité possible dans l’évaluation de cette maladie appelée schizophrénie. Puis, c’est devenu l’excuse parfaite pour (enfin!) avoir la paix, pour m’isoler du reste du monde et de vivre sans avoir à rendre de compte à personne.
En d’autres mots, toutes les attentions de l’équipe traitante pour voir à mon rétablissement étaient vaines parce que je ne me croyais pas malade. J’ai donc vécu des mois, voire une année, en me percevant comme quelqu’un mis au ban de la société pour avoir osé vivre un rêve que je croyais réel. Les premiers temps de ma convalescence ont donc été très difficiles, parce que je m’isolais beaucoup, ressassant mon histoire. En effet, j’occupais une grande partie de mon temps à réfléchir à ce que je venais de vivre et je demeurais prisonnier de mes perceptions. Cela faisait en sorte que je ne pouvais jamais m’arrêter à une logique ou à une seule raison d’être. Ce lourd fardeau faisait en sorte que je me dévalorisais beaucoup.
Par la suite, je me suis joint à des gens qui vivaient une situation semblable à la mienne dans le cadre d’un atelier d’écriture, et la douleur a été moins grande. Mon existence était plus agréable. Je m’autorisais à sortir de mon isolement : je jouais aux échecs, j’écrivais au moins une fois par semaine, je découvrais la nouvelle Grande bibliothèque et sa collection de disques compacts, je fréquentais des gens ayant la même liberté que moi, etc.
Pour moi, cette période a été un âge d’or. Oui, j’avais une maladie et en éprouvait souvent de la douleur et du ressentiment, mais tout ce temps libre sans avoir à me présenter à un lieu de travail consistait en un état de bien-être où rien de désagréable ou d’angoissant ne pouvait m’arriver. N’étant toujours pas conscient de ma maladie, je fuyais systématiquement la douleur qui venait avec l’annonce du diagnostic.
Malgré le fait que je prenais beaucoup de plaisir dans ces diverses activités, j’étais désemparé face à la vie en société. Je me sentais bien avec des gens ayant connu des difficultés similaires aux miennes, mais lorsqu’il s’agissait de me joindre aux gens que je considérais «normaux», je ressentais de l’anxiété. Aussi, je craignais que l’on découvre un jour que j’avais la schizophrénie. Vivre avec cette étiquette n’est pas une chose facile et, de plus, mon côté paranoïde ne me facilitait pas la tâche. Comme il y a beaucoup de préjugés à l’égard de la maladie mentale, je me sentais diminué par rapport aux autres.
Lorsque j’ai été embauché par un programme de réinsertion sociale, j’ai été rudement mis à l’épreuve. Je me remettais en question, du fait de côtoyer des gens vivant la schizophrénie à divers degrés de même que d’avoir des intervenants me voyant comme une personne malade. De plus, mon travail consistait à participer à la création d’un documentaire sur la schizophrénie. Donc parfois je passais une journée entière à écouter des entrevues de spécialistes à propos de la schizophrénie. Pour tout dire, je me suis rendu progressivement compte que c’était bien ce dont j’étais atteint.
Lorsque j’ai commencé à prendre conscience de ma maladie, j’ai ressenti tout le contrecoup de ce que j’avais nié depuis tout ce temps. Mon réveil a été assez difficile. À partir de ce jour, j’ai commencé à être témoin de mes pensées, à voir toutes les difficultés que cette maladie amenait : manque de concentration, problèmes de mémoire, maux de tête, idées paranoïdes, personnalité en retrait des autres, très grande sensibilité au contact du monde social, etc. J’ai donc dû réapprendre à concevoir la vie en prenant en considération ces difficultés, une chose qui n’est pas aisée à faire.
Par contre cette expérience en réadaptation a été très bénéfique. Elle m’a permis d’accepter ma condition et de voir l’éventail de mes possibilités. Depuis cette prise de conscience, j’ai fait beaucoup de progrès. J’ai appris à vivre avec les désagréments que m’amène la maladie, je me suis ouvert un peu plus aux autres et je perçois maintenant l’avenir avec plus d’espoir.
Y aurait-il des gens qui, eux aussi, auraient une histoire de rétablissement à nous raconter? Pour vous, comment s'est faite l'acceptation de votre diagnostic?
Si vous avez des commentaires ou l’envie d’en savoir plus, n’hésitez pas à communiquer avec moi au 514-251-4125 poste 1 ou au numéro sans frais 1866-888-2323 poste 1.
Vous avez envie de réagir à ce texte?
Vous pouvez faire vos commentaires ci-dessous, ou nous rejoindre sur le forum, où vous pourrez échanger entre personnes touchées par la schizophrénie, et avec le pair aidant.


Commentaires