Chronique: Mon travail en ergothérapie
Simon Longpré, le pair aidant de la SQS, vous présente sa chronique où il vous raconte diverses expériences reliées à la schizophrénie. Lorsque je suis sorti progressivement de l’hôpital, j’ai eu à participer à des groupes d’ergothérapie. Au début, j’étais très indifférent et peu convaincu de l’effet que ça aurait sur moi. J’ai donc participé pendant un an et demi à des groupes d’ergothérapie où l’on faisait des jeux, du bricolage, des discussions, etc. Je n’aimais pas vraiment ca, mais je sentais que j’avais le devoir d’y participer.À un certain moment, au bout de plusieurs mois de participation, j’ai dit à l’ergothérapeute qui me suivait que ça ne me tentait plus de participer et que j’allais abandonner. Elle m’a tout de suite demandé si je préférais que l’on se rencontre en privé. J’ai eu la même réaction qu’au début de ma participation en ergothérapie; j’ai accepté parce que je sentais que j’avais le devoir de le faire. J’ai aussi accepté parce que j’avais tout mon temps libre et que je sentais que je me devais de rendre des comptes au niveau de mon emploi du temps.
J’ai donc commencé à rencontrer une ergothérapeute deux fois par mois. Au début, je trouvais ça difficile parce que ça me confrontait sur ma maladie que je n’acceptais toujours pas. J’écoutais ce que mon ergothérapeute avait à me dire et je repartais avec un drôle de sentiment. Petit à petit, je commençais à me voir comme une personne malade et je n’aimais pas ça du tout. Le regard que portait mon ergothérapeute sur moi m’affectait beaucoup. J’avais l’impression que pour elle, j’étais une pauvre personne sur qui la maladie s’acharnait. De plus, je n’étais jamais sûr que ce qu’elle me disait était vrai ou non. Cela faisait en sorte que j’hésitais entre deux possibilités : celle d’être réellement malade et celle d’une histoire inventée pour me mettre en échec.
De mon côté, j’avais une toute autre version de l’histoire. Je me disais qu’ils se trompaient et qu’il leur était impossible de savoir ce que j’avais vécu. Le délire que je venais de vivre, je le voyais comme une expérience mystique inclassable. J’allais donc à ces rencontres comme quelqu’un qui doit faire acte de présence par politesse. Cette ergothérapeute essayait parfois de m’amener à faire des projets, mais je n’étais pas intéressé. J’avais mes propres projets comme la marche, le travail artistique et ma participation à des ateliers d’écritures où je rencontrais des gens comme moi.
Avec le temps, j’ai commencé à ressentir de la lassitude en me rendant à ces rencontres. Je ne voulais pas abandonner, ni participer. C’est à ce moment là que j’ai décidé de suivre les conseils de mon ergothérapeute, « juste pour voir ». Je voulais aussi lui donner une preuve de mes bonnes intentions. Lorsqu’elle m’a suggéré de faire une journée de bénévolat par semaine, j’ai fini par accepter. Je n’ai jamais regretté cette décision par la suite. En faisant une journée de bénévolat par semaine, je constatais que j’étais capable de suivre un horaire et de normaliser ma situation. Ce fut pour moi le début d’une nouvelle étape qui allait m’amener à être plus actif et surtout, à considérer davantage les conseils de mon ergothérapeute.
Par la suite, elle m’a proposé de suivre un cours d’art le soir. J’ai aussi accepté. Malgré toutes ces bonnes volontés de ma part, je ressentais toujours un certain malaise à me retrouver en société. Étant un peu solitaire et timide, j’avais de la difficulté à entrer en contact avec les gens. De plus, j’avais souvent l’impression de perdre le contrôle de mes émotions. J’avais peur de réagir aux autres de façon exagérée, ce qui, je le croyais, allait révéler ma maladie au grand jour.
La suite de l’histoire est très simple, cette ergothérapeute est devenue une personne ressource dans ma vie, une personne à qui j’ai pu faire confiance et qui a su aller à mon rythme dans ma progression vers le rétablissement. Elle m’a surtout soutenu et encouragé dans les opportunités que j’ai eues tout en sachant à quel point les efforts que j’y mettais étaient considérables. Ces cinq années passées à dialoguer avec cette personne sur une base régulière m’ont apporté une expérience utile aujourd’hui dans mon rôle de pair aidant, notamment lorsque vient le temps de faire de l’intervention.
Avez-vous connu une expérience similaire? Que ce soit en ergothérapie ou dans tout autre contexte de rétablissement?
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