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Ma première expérience avec la psychiatrie

NOUVELLE CHRONIQUE DU PAIR AIDANT: Simon Longpré, le pair aidant de la SQS, débute une nouvelle chronique où il vous raconte diverses expériences reliées à la schizophrénie. Voici sa première.
Je me rappelle que le premier psychiatre que j’ai rencontré, je ne l’aimais pas. Ce n’est pas qu’il était quelqu’un de mal intentionné ou d’incompétent, c’est parce nos deux visions étaient divergentes. Lorsqu’il me parlait de mon diagnostic, je n’y croyais pas, alors que lui me disait que j’étais malade.

Comme je venais de vivre une réalité distordue pendant plusieurs semaines, je sais maintenant que la vision de ce médecin m’apparaissait assez choquante. 

Il faut également mentionner que je venais de passer un long moment à vivre une histoire complètement irréelle. Une histoire dans laquelle je me sentais complètement investi, dû à ma croyance en un contact avec le divin. En plus de me sentir confronté dans mes profondes convictions, j’avais été mis sous garde pour avoir dérangé l’ordre. J’ai bien essayé à plusieurs reprises de faire lever cette mise sous garde, mais mon psychiatre jugeait que mon état ne le permettait pas. Je vivais donc cette situation comme une grande injustice et une atteinte à ma liberté.

Cette situation déplaisante faisait en sorte que je me rebutais encore plus à tout traitement ou à tout compromis. Mes premiers temps passés sous garde ont donc été très pénibles et marqués par une inadéquation entre moi et le médecin.

De mon côté, je prenais ce diagnostic comme une insulte, et je me demandais bien quelle était la justification de ce jugement aussi lourd. J’ajouterais également que mes séances avec mon psychiatre ne duraient jamais plus que 15 minutes. En résumé, je considérais que cette personne qui avait tant de pouvoir sur moi n’était pas très à mon écoute.

Il se trouve que mon plus grand besoin était, à ce moment-là, de raconter tout ce délire que je venais de vivre en l’espace de quelques semaines. Pendant mes trois séjours à l’hôpital, rares ont été les personnes qui étaient disposées à écouter mon récit; quand c’était le cas, je ne savais jamais jusqu’à quel point je pouvais leur faire confiance.

Dans ce contexte, je retenais en moi ma douleur, et gardais pour moi toutes les interrogations étranges que m’avait amené la psychose. Je ne me sentais pas compris par l’équipe traitante et certains préposés. De cette façon, mon séjour à l’hôpital se prolongeait sans que je n’aie aucune idée du moment où l’on me laisserait enfin sortir. Ce n’est qu’après avoir discuté avec un intervenant qui était sur les lieux que j’ai compris qu’on me maintenait sous garde parce que quelque chose n’allait toujours pas chez moi.

Par la suite, je me suis rendu compte que mon médecin essayait de me comprendre un peu. Il avait appris d’un autre préposé que je m’intéressais au Bouddhisme et au tai-chi. Il nous a alors convié tous les trois à une rencontre qui m’a semblé beaucoup plus empathique que les autres fois. Malgré cette situation, je demeurais méfiant à l’égard de la psychiatrie et du traitement qu’on me réservait.

Comme j’étais toujours délirant, il m’arrivait de voir ce médecin comme l’un des personnages de mon délire. Il m’apparaissait soit comme une autorité qui voulait m’empêcher d’accomplir ma mission, soit comme un personnage dans mon histoire – un personnage qui était là pour m’aider à échapper à des poursuivants que j’avais provoqué au cours de ce que j’appelais « ma mission ». Dans ma logique du moment, l’hôpital était un lieu de transition où je me devais de passer pour aboutir ailleurs, et comme une couverture qui me permettait de reprendre mes forces et d’assimiler toutes les informations recueillies au cours des dernières semaines passées à accomplir cette soi-disant mission. C’était comme si mon médecin connaissait tout de moi et me faisait passer par la mise sous garde pour empêcher ceux qui me poursuivaient de m’attraper.

Tout ceci explique pourquoi mes trois périodes de mise sous garde ont duré deux mois.

Lorsque finalement je retournais chez moi suite à une hospitalisation, je retrouvais un peu ma logique et arrivais à fonctionner pendant un certain temps. Mais lorsque les idées délirantes revenaient (surtout que je ne prenais pas ma médication), l’envie de retourner vivre cette histoire reprenait et je m’engageais alors dans une nouvelle période d’errance.

Lors de ma dernière mise sous garde, l’équipe traitante a décidé de me faire voir un autre médecin. Cette nouvelle psychiatre m’apparaissait rigide dans sa méthode et n’allait pas par quatre chemins pour faire valoir son point de vue. Ma première rencontre avec ce nouveau médecin ne s’est pas très bien déroulée, je me suis donc rebellé assez rapidement. Nos rencontres suivantes se sont déroulées dans le même esprit. Comme tout semblait aller mal, ils ont décidé de me faire voir les deux psychiatres de façon conjointe. À partir de ce moment-là, la raison a peu à peu fait son chemin, et je commençais à être ouvert à ce que l’équipe avait à me dire.

Comme je m’intéressais à la littérature, mon médecin m’a demandé de choisir un extrait d’un livre que j’étais en train de lire, pour avoir un aperçu de mes intérêts du moment. J’ai sauté sur l’occasion pour leur donner la preuve que j’allais mieux. Je leur ai lu un poème taoïste qui m’avait beaucoup marqué et qui parlait du sentiment de paix que l’on éprouve devant la beauté de la vie. Ce poème correspondait beaucoup au sentiment d’exaltation que je vivais lorsque j’étais en pleine psychose :

On me demande pourquoi je vis sur cette montagne bleue.
Je souris sans répondre. Mon esprit y est à l’aise.
Le pêcher est en fleur et les torrents coulent sans laisser de trace.
Comme tout cela diffère du monde des hommes!

Suite à cette rencontre, j’ai appris que mon équipe avait pris la décision de me laisser sortir progressivement en m’accordant un congé la fin de semaine. Je n’étais pas encore tout à fait revenu à moi, mais je savais que je devais faire très attention si je ne voulais pas retourner à l’hôpital. J’ai vécu les premiers jours de ma liberté avec le sentiment que je n’avais pas déliré. Cependant, après quelques mois, je me suis rendu compte progressivement que j’étais allé un peu loin et j’ai alors commencé à avoir une vision critique à propos de l’expérience que je venais de vivre. C’est à ce moment que le rétablissement a pu débuter.

Ça m’a pris un bon deux ans pour accuser le coup. L’histoire que je venais de vivre était toujours quelque part dans ma tête, mais j’y prêtais de moins en moins attention. Lorsque j’ai commencé un programme de réinsertion sociale avec un organisme communautaire, je me suis rendu compte que toute cette histoire que j’avais imaginé était le produit d’un surplus de dopamine dans mon cerveau, me venant, depuis la naissance, d’une prédisposition à ce genre d’expérience. Je me suis dès lors attelé à évacuer cette mauvaise expérience par tous les moyens possibles.

J’en ai parlé à des amis qui avaient vécu une expérience similaire; j’ai compris par la suite que mon intérêt pour cette expérience venait de l’aspect fantastique et extraordinaire de la chose. J’ai comparé les différents scénarios que je rencontrais chez ces gens, et je me suis dit un bon jour que je n’allais pas passé le restant de ma vie à me raconter toujours cette même histoire. Lorsqu’on m’a demandé d’écrire un récit sur ce que j’avais vécu dans le cadre de ce programme de réinsertion sociale, j’ai sauté sur l’occasion pour mettre un terme à cette histoire qui m’a tenu en haleine pendant deux années.

Depuis ce temps, j’entretiens un tout autre rapport avec la psychiatrie. Je peux dire aujourd’hui avec une grande fierté que mon poste de pair aidant m’aide à mieux comprendre à la fois le travail d’une équipe traitante de même que la situation dans laquelle peut se retrouver une personne atteinte.

Simon Longpré, pair aidant à la Société québécoise de la schizophrénie

Pour en savoir plus, communiquez avec moi au 514-251-4125 poste 1,
ou à ce numéro sans frais au Québec : 1-866-888-2323 poste 1

N.B: Le blogue fait relâche durant la fermeture des bureaux de la SQS, du 16 au 31 juillet. Une nouvelle analyse d'un vidéo de simulation d'épisode psychotique sera publiée à notre retour. Bon mois de juillet! 

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Commentaires 

 
0 #1 11-08-2011 16:40
Pour avoir eu un frère schizophrène, qui a traversé les même étapes que toi tout au long de sa vie, je suis heureuse pour toi que tu aie pu t'en servir et que tu puisse en aider d'autres.
Mon frère Mario à la fin de sa vie (37 ans) habitait à la maison St-Dominique. Guy Doucet que Tania connait fut d'un grand secours et il y passa les 3 dernières années de sa vie.
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0 #2 Simon Longpré 15-08-2011 12:37
Merci pour votre commentaire. Tania m’a parlé un peu de votre frère et je sais ce qu’il a traversé. La maladie frappe durement parfois et il est plus difficile de s’en remettre. Heureusement que le milieu de la santé mentale évolue et qu’il y a de l’espoir grâce à la recherche.
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0 #3 28-03-2012 14:00
Bonjour M. Simon, je viens de vous parler au téléphone; merci pour ce support. J'ai lu votre témoignage après; vous avez eu tout un parcours et je suis très heureuse que vous vous en soyiez sorti. Des histoires de rétablissement, on a en a besoin pour nous aider à vivre notre vie malgré la maladie. Chapeau! Contiuez votre beau travail!
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